Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/458

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priété particulière cesse & devient commune à tout l’état : elles sont alors destinées à servir de magasins où l’on met en réserve, pour les tems de disette, la provision de miel & de cire brute qu’on ramasse pendant la belle saison.

Si on observe avec attention la superficie d’un gâteau, on y remarquera des cellules ouvertes, dans lesquelles on appercevra des œufs collés au fond, dans l’angle de la base pyramidale que forment les trois rhombes réunis ; dans d’autres, on verra des vers nager, pour ainsi dire, dans une espèce de bouillie ou de gelée qui leur sert de nourriture, & que les abeilles remplacent à mesure que les vers la consomment pour leur accroissement ; d’autres seront fermées par un couvercle, ou une lame de cire très-mince. Si on enlève avec adresse ce couvercle, en se servant d’une lame de couteau, on y observera une nymphe qui est sur le point de passer de cet état à celui d’abeille. D’autres enfin, fermées par une espèce de cataracte, offriront le miel & la cire brute qu’elles contiennent, qui sont les provisions auxquelles les abeilles ont recours lorsque le tems ne leur permet pas de sortir, ou que la campagne est dépourvue de cette sorte de nourriture, qu’elles y trouvent en abondance dans la saison des fleurs.

Les cellules qui ont servi pour l’éducation des abeilles, dès qu’elles en sont sorties, changent pour l’ordinaire de destination, en devenant des magasins où ces pourvoyeuses infatigables déposent le miel & la cire brute qu’elles amassent pendant la saison propre à cette récolte. Si la campagne leur offre une grande abondance, elles leur donnent plus d’étendue & de capacité, en prolongeant le tuyau, ce qui est cause que la surface d’un gâteau n’est point égale : dans des endroits, elle paroît concave ; dans d’autres, convexe, à cause de l’inégalité de la profondeur des cellules.


Section VIII.

Du nombre d’Alvéoles que peut contenir une Ruche.


Le nombre des alvéoles ou cellules d’une ruche, est proportionné à sa population ; si elle contient beaucoup d’abeilles, c’est une preuve qu’il y a eu beaucoup de jeunesse à élever, qu’il a fallu par conséquent une quantité considérable de cellules pour loger ces insectes pendant le tems de leur éducation, & bien de magasins pour serrer les provisions nécessaires à tant d’individus. Swammerdam ouvrit une ruche le 10 du mois de Mars, où l’on avoit mis, au mois de Juin de l’année précédente, un essaim dont les abeilles moururent toutes dans le mois de Février suivant ; les alvéoles que cet essaim avoit construits, formoient neuf gâteaux qui contenoient en tout vingt-deux mille cinq cents soixante-quatorze cellules, soit à élever les abeilles, soit à serrer la cire brute. Il y en avoit sept mille huit cents quatorze qui avoient servi de logement à des vers d’abeilles, ce qu’il reconnut aux fils de soie dont les vers tapissent leurs cellules avant de se transformer en nymphes ; les autres étoient disposées de façon à servir