Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/49

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pèce seroient donc destinés à féconder les œufs qui sont dans des cellules proportionnées à la grosseur du volume de leur corps ; & ceux de la petite espèce, les œufs qui sont dans des cellules ordinaires, dans lesquelles la petitesse de leur corps leur permet d’entrer. À quoi bon alors l’accouplement que M. de Réaumur a observé ? Ne seroit-il qu’une preuve de l’incontinence de la reine, & non point un besoin naturel qu’elle est obligée de satisfaire pour être féconde ? Si les faits qu’a observés M. de Braw, sont exactement vrais, on ne doit plus s’étonner de l’indolence des faux-bourdons, de leur froideur à recevoir les caresses de la reine, puisqu’ils sortent des voies ordinaires de la nature, lorsqu’ils se rendent à ses desirs. La situation singulière de leur organe de la génération, lorsqu’il est en dehors, ne seroit plus un sujet de surprise ; ce seroit une position nécessaire, pour que le pénis pût porter la liqueur séminale sur l’œuf attaché au fond de l’alvéole ; ce qu’il ne pourroit faire, si, au lieu d’être recourbé sur le dos de l’animal, il étoit en dessous, comme est ordinairement cette partie dans les autres genres d’insectes.

M. Bonnet a eu divers sentimens sur la théorie des abeilles : les observations de son illustre ami M. de Réaumur, celles qu’il avoit faites lui-même, l’avoient décidé à admettre trois genres dans l’espèce des abeilles. Il étoit persuadé que les mâles s’unissoient à la femelle par une vraie copulation ; ce que M. de Réaumur n’avoit osé assurer : c’étoit son opinion, lorsqu’il écrivoit ses Considérations sur les corps organisés. Les découvertes de la société de la Haute-Lusace, celles de Lauter dans le Palatinat, les observations de M. de Braw, lui ont fait changer d’opinion. Dans un Mémoire, inséré dans le Journal de Physique, au mois de Mai 1775, il assure que « l’expérience par laquelle M. Attorf a prétendu démontrer que la reine-abeille est féconde sans accouplement, paroîtra sans doute décisive à tous les naturalistes qui ne sont pas pyrrhoniens à l’excès. » Il ne doute point de la vérité de la découverte de M. Schirach, par laquelle il est démontré que tout ver d’abeille commune peut devenir une reine, laquelle n’a pas besoin du concours des faux-bourdons pour être féconde : d’où il conclut qu’il n’y a, dans l’espèce des abeilles, que deux genres, les mâles & les femelles ; & que les prétendus neutres appartiennent, dans leur origine, au sexe féminin, puisque des vers qui auroient donné des neutres, donnent des reines, quand ils sont placés dans une cellule spacieuse, & alimentés d’une manière particulière qui décide leur sexe à paroître. Dans un autre Mémoire, également inséré dans le Journal de Physique, au mois d’Avril 1775, il essaye de démontrer que cette nouvelle découverte sur la théorie des abeilles, se concilie avec ses principes sur la génération.


Section III.

Quel jugement peut-on porter sur les différentes opinions qu’on vient d’exposer ?


Selon l’exposé qu’on vient de voir