Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/540

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d’Avril, pour les œilletons & les couronnes plantés dans le cours de l’année précédente ; la seconde époque pour les ananas, est à la fin de Juillet ou au commencement du mois d’Août. Les œilletons & les couronnes n’exigent, dans le commencement, que des pots de six à huit pouces d’ouverture, & autant de profondeur ; & au second dépotement, des pots d’un pied de diamètre.

À chaque rempotement, il faut arroser, remuer la couche de tan, en ajouter de nouveau, afin de la maintenir à la même hauteur, & lui conserver sa chaleur. La tannée doit être renouvelée avant l’hiver, afin que celle que vous lui substituerez donne une chaleur convenable pendant toute cette rigoureuse saison. Les irrigations pendant l’hiver seront rares.

La manière de placer les vases dans la tannée n’est pas indifférente : si les vases se touchent, les feuilles en grandissant s’entremêleront, se gêneront les unes & les autres ; elles s’alongeront pour se soustraire à ces entraves ; enfin, la plante s’étiolera. Il faut donc les enterrer de manière que les feuilles d’un pot ayant acquis leur plus grande longueur, touchent à peine celles de l’ananas planté dans le pot voisin. Cette observation est essentielle, sur-tout pendant l’été ; en hiver, elle n’est pas bien nécessaire, parce que la végétation est ralentie.

IV. De la chaleur nécessaire. Il est inutile de parler ici des couches, des tannées, des châssis, des serres chaudes ; ce seroit une répétition de ce qui sera dit en traitant ces articles ; ainsi, consultez-les.

La température d’une serre remplie d’ananas doit être, pendant l’hiver, de quinze degrés de chaleur du thermomètre de M. de Réaumur. Un thermomètre servira à fixer ce point assez essentiel : il vaut mieux pécher par un peu plus de chaleur, que par un peu moins ; en un mot, douze degrés & dix-huit, sont les deux extrêmes qu’on ne passe pas impunément sans que la plante en soit affectée. Dans l’été, au contraire, une trop grande chaleur devient nuisible. La serre chaude est donc essentielle au moins pendant six ou huit mois de l’année ; & le reste du tems, des châssis vitrés suffisent.

V. Des obstacles à sa végétation. Le plus grand de tous est le manque de chaleur ; le second, la trop forte humidité ; & le troisième, une espèce d’insecte particulière à l’ananas.

Cet insecte est blanc ; il ressemble d’abord à une poussière blanche, & bientôt il paroît sous la forme de ces petites cloques qui ravagent les orangers : comme celles-ci, on jugeroit qu’elles ne font aucun mouvement : cachées sous l’écaille qui les recouvre, elles sont collées sur la feuille, & travaillent surement à l’abri de leur enveloppe. Dans cet état, toutes les parties de la plante servent à assouvir leur voracité ; elles ne rongent pas les plantes, mais armées d’une trompe, elles l’enfoncent dans leur tissu, en pompent le suc ; & après l’avoir retiré, il se fait une extravasion de la séve, les feuilles jaunissent, la plante languit & meurt. La réproduction de cet insecte destructeur est prodigieuse ; & dans peu de tems, ces cloques