Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/566

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ce battement de l’artère se fait sentir, dans des tumeurs qui ne sont pas de la nature de celles dont nous parlons, mais le fait est rare.

Ces tumeurs sont produites par des piqûres, des chûtes, des coups, des contusions ou des plaies ; elles viennent aussi quelquefois à la suite des efforts que l’on fait, soit en chantant, soit en portant des fardeaux très-pesans, soit en toussant, en vomissant, en éternuant, en criant, soit enfin en accouchant.

Quand l’anévrisme siège dans les parties internes, il est constamment mortel : lorsqu’avec de grandes difficultés de respirer, un malade éprouve des inquiétudes, on peut soupçonner que l’anévrisme est dans la poitrine.

Quand il est à l’extérieur, & dans les grandes artères, il est encore mortel ; mais dans les petites artères, on parvient quelquefois à le guérir. On a vu, mais très-rarement, l’anévrisme déchirer les membranes qui le contenoit, exciter une hémorragie considérable, la tumeur disparoître, & la perte de sang s’arrêter d’elle-même, & sans reparoître ; mais ce phénomène est rare.

Dans cette affreuse maladie, la vie est à chaque instant en danger, la tumeur grossit par degré, la peau qui la couvre s’amincit insensiblement ; l’effort le plus léger suffit pour faire crever cette peau devenue plus mince, & pour priver de la vie le malade en peu de minutes.

Les moyens qu’on peut employer pour remédier aux suites funestes de ces tumeurs, sont purement mécaniques ; il faut désemplir les vaisseaux par les saignées, & par l’application des sang-sues, (loin de la partie sur laquelle siège l’anévrisme) & faire sur la tumeur une pression graduée avec une plaque de plomb, si le siège qu’occupe la tumeur le permet ; on doit sentir aisément que, quand elle est située au col, la pression graduée & continuée ne peut pas avoir lieu ; le malade seroit bientôt suffoqué.

On emploie encore avec succès les styptiques, le blanc d’œuf, l’alun dissous dans l’eau, le fort vinaigre, l’acacia ; si l’anévrisme est considérable, il faut appeler les gens de l’art. Les conseils que nous donnons sont seulement pour respecter ce mal, ne point se permettre d’imprudence, & attendre des secours éclairés.

Nous avons connu une femme de mauvaise vie, qui, à la suite d’efforts violens qu’elle fit pour empêcher deux hommes de fouiller dans ses poches, fut attaquée au-dessus de la clavicule d’une tumeur de la grosseur d’une petite noisette. Un chirurgien ignorant fut appelé ; il prononça que c’étoit un bubon vénérien, & administra les grands remèdes à la malade : elle souffrit beaucoup dans ce traitement, surtout quand le chirurgien appliquoit des frictions sur la tumeur qui croissoit de jour en jour. Les battemens de l’artère se manifestant de plus en plus, le chirurgien crut reconnoître la maturité de la tumeur, & se disposoit à l’ouvrir pour en faire sortir, disoit-il, le pus ; nous fûmes appelés : nous reconnûmes le genre de la tumeur, & nous nous opposâmes à ce que le chirurgien en fît l’ouverture. Nous prescrivîmes la saignée : elle fut répétée de tems en