Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de récolte dans la campagne ; elles partent quand elles veulent, & celles qui arrivent demeurent si elles sont fatiguées de leurs courses. La reine, quoique le chef de la république, ne donne point ses ordres, & ne dirige pas les travaux de ses sujettes : elle s’en rapporte à leur instinct, qui leur fait choisir une occupation préférablement à une autre. Cependant il ne naît jamais de trouble ni de confusion dans leurs travaux, parce que tant qu’une abeille est occupée à une sorte d’ouvrage, elle n’est point interrompue par une autre, qui, ayant des matériaux à employer, les prépare, & attend le moment d’en faire usage. Elles ne travaillent point comme des esclaves conduits par la crainte ; c’est l’amour de leur propre conservation qui les dirige dans leurs travaux.

La solidité de leurs édifices, construits avec une extrême délicatesse, le plan suivi en bâtissant les trois sortes d’alvéoles, leur distribution & la symétrie qu’on y remarque, n’annoncent pas un concours d’automates, qui travaillent tous à la même chose, sans avoir aucun but dans leur travail : tout cela, au contraire, est la plus grande preuve de leur industrie & de leurs talens. (Voyez l’article Alvéole)


Section IV.

Prévoyance des Abeilles.


Plusieurs auteurs ont été persuadés que les abeilles prévoient le mauvais tems, & qu’en conséquence la veille d’un jour de pluie, elles étoient plus actives au travail, parce qu’elles savoient que le lendemain ne seroit point propre à leur récolte. Avec cette connoissance, comment seroient-elles si souvent surprises dans leurs courses par la pluie & les orages qui les exposent à périr ? Lorsqu’elles se trouvent éloignées de leur habitation, & qu’il survient quelqu’orage ou de la pluie, elles cherchent alors un abri sous les branches ou les feuilles des arbres, pour attendre patiemment que le mauvais tems soit passé, & qu’il leur permette de reprendre sans danger le chemin de leur domicile.

Aristote, Virgile, Pline assurent qu’elles ont la précaution, quand il fait beaucoup de vent, de se lester d’un petit caillou qu’elles tiennent entre leurs pattes, afin d’être en état de lui résister : ils les ont confondues avec les abeilles maçonnes, qui portent un peu de terre pétrie avec du sable, pour bâtir leur domicile dans des trous de mur. M. de Géer, qui les a souvent observées, a trouvé plusieurs logemens de cette espèce d’abeilles, uniquement composés d’une terre argilleuse mêlée de sable. Les abeilles domestiques n’ont pas d’autre précaution pour vaincre la force du vent, que celle de prendre dans leur vol une direction opposée un peu à la sienne, & de suivre des voies obliques pour arriver à leur destination : malgré cette précaution, elles sont souvent emportées, à moins qu’elles ne rencontrent un arbre pour s’y arrêter & se mettre à couvert de l’orage. C’est encore une erreur, de croire qu’elles connoissent les personnes qui se livrent au libertinage, & qu’elles les attaquent si elles approchent de leur domicile : parce qu’elles ne connoissent pas les plaisirs