Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/64

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de l’habitation. Il est difficile à ces infortunés de se décider à abandonner le domicile où ils sont nés, & d’y laisser des provisions abondantes qu’ils ne trouveront pas ailleurs. Ils s’opposent donc au décret qui les bannit de leur patrie : cette résistance irrite les abeilles qui se jettent sur eux avec violence pour les obliger à sortir de leur domaine ; elles leur déclarent une guerre effroyable qui ne finit jamais que par leur entière destruction. Quoique les abeilles ouvrières puissent les combattre avec avantage tête à tête, elles se mettent plusieurs contre un, pour en venir plus aisément à bout : leur haine contre ces malheureux est si violente alors, qu’elles exercent leur vengeance & leur fureur, même sur les œufs, les vers, les nymphes, d’où doivent provenir des mâles, les arrachent de leurs cellules, & les jettent hors de leur habitation, afin de détruire entièrement leur race. Pendant trois ou quatre jours que dure le carnage, on ne voit que des abeilles qui traînent hors de leur domicile des faux-bourdons morts ou mourans.


CHAPITRE VIII.

Des espèces d’Abeilles connues sous le nom d’Abeilles Sauvages.


Le genre des abeilles n’est point borné aux seules espèces domestiquées, dont l’industrie & les travaux sont pour nous une source de richesses, qui nous engage à leur donner nos soins. On en trouve plusieurs autres répandues dans la campagne, qu’il n’est point possible de rassembler dans les ruches, parce que ces sortes d’habitations ne sont pas analogues à leur manière de vivre ni de travailler. Le fruit de leurs travaux est donc perdu pour nous. Si nous ne pouvons en retirer aucun avantage, il faut avouer que ces insectes ne nous sont pas plus nuisibles, que les différentes espèces qui méritent nos soins, & nous dédommagent des peines que nous prenons de leur éducation. Ils se contentent des sucs & de la poussière des étamines des fleurs : peut-être nos abeilles domestiques peuvent avoir à se plaindre de la disette qu’ils sont capables d’occasionner dans certaines années où les provisions sont peu abondantes ; c’est le seul reproche que nous soyons autorisés à leur faire. Leurs mœurs, différentes de celles des abeilles que nous élevons, sont propres à exciter l’envie de les connoître. Nous allons dire, en peu de mots quelque chose de ces différentes espèces, qui peut-être sont moins éloignées de la domesticité, que nous n’imaginons. Des expériences faites convenablement, en rapprochant nos soins de leur manière de vivre, pourroient peut-être rendre leurs travaux utiles.


Section première.

Des Abeilles-Bourdons.


L’espèce des abeilles-bourdons renferme des individus des trois genres, c’est-à-dire, des mâles, des femelles, des neutres. Les organes dont elles se servent pour leurs travaux, sont les mêmes que ceux dont la délicatesse, la