Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/647

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chiens reconnoissent leurs maîtres ; la plante a aussi sa transpiration odorante, agréable ou désagréable. Le lis répand un parfum délicieux qui le fait reconnoître de loin, tandis que la rue infecte les airs par ses émanations fortes & insupportables. Les mêmes causes hâtent ou retardent la transpiration dans la plante, comme dans l’animal. La chaleur qui relâche les vaisseaux, dilate les orifices, & raréfie les fluides, la rend plus abondante. La sueur paroît sous la forme de gouttes très-sensibles sur la peau d’un homme échauffé. Une plante transpire beaucoup plus dans l’été, dans les régions chaudes, dans une étuve ou une serre ; renfermez-la sous une cloche de verre, bientôt ses parois seront couvertes de gouttes d’eau qui conservent, peu de tems à la vérité, quelqu’odeur de la plante qu’on a soumise à l’expérience. La transpiration s’affoiblit par le froid qui cause la diminution du mouvement vital & la disette des sucs ; une température humide, un air épais bouche, pour ainsi dire, les pores & l’arrête. Les corps transpirent moins la nuit que le jour, l’été que l’hiver, dans la vieillesse que dans la jeunesse. Certains animaux passent l’hiver entier sans prendre de nourriture, parce que leur transpiration étant arrêtée, ils ne font aucune perte, & n’ont pas besoin de réparation. Les plantes de même passent les hivers sans végéter ; leurs feuilles sont tombées, leurs pores se sont fermés à l’arrivée des frimats, elles ne perdent plus de sucs. Les animaux très-gras mangent peu ; on arrose rarement les plantes succulentes, parce qu’elles transpirent peu. En un mot, tout ce qui a rapport à la transpiration, se retrouve dans les plantes comme dans les animaux.


Jeunesse & Âge viril.

La nourriture, l’accroissement, ont amené la plante & l’animal à l’état de force & de virilité. L’un & l’autre annoncent dans leur port cette vigueur & ce caractère de perfection que la nature donne à ses ouvrages. Le développement de tous les organes nécessaires à la reproduction animale, constitue l’âge viril ; la naissance de la fleur qui renferme des organes absolument analogues, fixe le même âge dans la plante. Tout est formé, tout est entier des deux côtés. L’œil observateur, l’anatomiste intelligent y reconnoît toutes les parties distinctes & essentielles. L’accroissement est fait, & tout est ce qu’il doit être. C’est dans cet état que nous allons les comparer encore l’un avec l’autre, que nous allons être étonnés de la richesse & de la profusion de la nature dans les détails, tandis que nous admirerons sa simplicité & son unité dans l’ensemble.


Solides & Fluides.

La plante & l’animal sont composés de fluides & ne solides. Les faisceaux de leurs fibres doivent leur solidité non seulement à un gluten, mais encore à leurs entrelacemens & le tissu cellulaire de l’animal répond au tissu vésiculaire de Malpighi dans l’arbre. L’humeur nutritive, comme nous l’avons vu, est portée de tous côtés par des vaisseaux propres à cet usage. Les os & la partie ligneuse soutiennent & consolident