Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/65

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souplesse, le méchanisme, ont fait le sujet de notre admiration dans les abeilles domestiquées. Cette espèce d’abeilles-bourdons a des mâles de deux classes différentes, ainsi que plusieurs bons observateurs l’ont remarqué parmi les abeilles que nous élevons, c’est-à-dire, des grands & des petits. Les femelles sont les plus grands individus de l’espèce ; les mâles sont plus petits qu’elles ; & les neutres sont les plus petits individus de la famille. Dans ces sortes de républiques, il n’y a point, comme dans celles des abeilles domestiques, d’individus exempts de travailler : on ne voit point des mâles nonchalans & stupides, uniquement destinés à servir aux plaisirs d’une reine qui en forme un sérail nombreux : les ouvrières n’ont point à leur reprocher de consommer des provisions qu’elles amassent avec tant de peine ; chacun contribue aux différens ouvrages utiles à la société, & va récolter les richesses qu’offre la campagne. Le corps de ces abeilles est couvert de poils très-pressés & fort longs, dont les couleurs sont extrêmement variées, En volant, le battement de leurs ailes fait un bourdonnement considérable ; c’est pour cette raison qu’on les appelle des Bourdons.

Une famille d’abeilles-bourdons est toujours très-peu nombreuse ; il est rare qu’elle soit composée de plus de cinquante à soixante individus, tant mâles que femelles & neutres. Les mulots, les fouines, sont des ennemis dangereux, acharnés à leur destruction : si elles ont le bonheur d’échapper à leurs dents meurtrières, les premiers froids qu’on ressent en automne, les font mourir, lorsqu’elles n’ont pas eu la précaution de choisir des asyles où elles puissent s’en garantir. Quelques femelles fécondées, plus robustes ou plus prévoyantes, échappent à la rigueur de la saison, dans les retraites qu’elles choisissent dans les trous de murs, ou dans ceux qu’elles creusent dans la terre. C’est dans de tels asyles qu’elles passent l’hiver, sans prendre aucune sorte de nourriture dont elles sont absolument dépourvues, & restent dans un engourdissement parfait. Dès que le printems arrive, la chaleur qui ranime toute la nature, les réveille de leur assoupissement : aussitôt elles se mettent au travail, pour construire l’habitation nécessaire pour loger la famille à laquelle elles vont donner le jour.

Une femelle d’abeilles-bourdons est toujours seule pour commencer l’édifice où elle doit loger la famille dont elle va devenir la mère ; aussi il n’acquiert sa perfection qu’après qu’elle s’est donnée des compagnes, qui partagent ses peines & ses travaux. Cet édifice est construit avec une mousse très-fine, qu’elle arrache brin à brin avec ses dents, & qu’elle arrange en lui donnant la forme d’une voûte. Il ne paroît alors qu’une motte de terre, qui prendra une figure différente dès qu’il y aura assez d’ouvrières pour travailler à le perfectionner. Le fond de cette habitation, qui à proprement parler n’est qu’un nid, est couvert de mousse, afin que l’humidité de la terre sur laquelle il est placé, ne nuise point à la famille qui doit naître. Après que cette femelle a commencé son logement,