Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/651

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doubles ; & tous les jours nous sommes flattés à la vue de ces fleurs charmantes qui nous frappent par la multiplicité de leurs pétales : eh bien ! nous admirons des monstres par excès. L’œil un peu observateur distingue dans les végétaux des monstres par défaut : ils sont même beaucoup plus nombreux qu’on ne pense. La classe des semences multipliées dans la même capsule, comme celle des pavots, en fournit beaucoup.


Principes communs.

Les mêmes principes qui soutiennent la vie de l’animal, entretiennent celle du végétal. Soumis l’un & l’autre à toutes les influences, l’air, le lieu, la position, le climat, la culture, la nourriture, l’entretien, tout les affectent. La lumière leur est également nécessaire. La maladie de langueur, qui mine insensiblement le coupable que ses crimes ont condamné à une obscurité éternelle, comme l’innocent que l’injustice a précipité dans un noir cachot ; ce dépérissement, cette maigreur, cette pâleur nesont-ils pas les effets d’un véritable étiolement animal ?


Sommeil.

Le travail a épuisé les forces de l’animal dans la journée ; il se refait dans les douceurs du sommeil. La plante dort-elle ? Sans doute, si par le sommeil on entend la cessation d’un certain degré de mouvement, un état de repos apparent durant l’absence du soleil. Les expériences nous apprennent que les plantes semblent se reposer durant la nuit ; leur végétation est moindre ; nul épanouissement : les fleurs attendent, pour s’ouvrir, le retour du soleil ; plusieurs même se referment à son départ : à peine l’aurore a-t-elle annoncé son arrivée, qu’elles se hâtent de lui faire hommage de leur beauté. Certaines classes paroissent même avoir un vrai sommeil, remplissant toute l’idée que ce mot emporte avec lui : telles sont les plantes diadelphes, & sur-tout, le souci d’Afrique.


Mouvement.

Fixée, ou plutôt attachée à un point déterminé, la plante ne jouit pas du mouvement de translation pour le total ; mais chacune de ses parties peut se mouvoir, & se meut en effet vers l’endroit qui lui est plus favorable, & d’où elle peut retirer un plus grand nombre de sucs. Mais si la faculté locomotive étoit absolument nécessaire pour distinguer le végétal de l’animal, dans quelle classe placerions-nous les galles-insectes, les huîtres, l’ortie de mer, les polypes à tuyau, &c., qui, fixés constamment à la même place, s’ouvrent & se ferment comme une fleur, s’étendent & se resserrent comme une sensitive ; alongent au dehors des espèces de bras, au moyen desquels ils saisissent les insectes que le hasard conduit près d’eux ? À ces traits, ne reconnoît-on pas les mouvemens des feuilles & des racines qui cherchent dans les airs & dans le sein de la terre la nourriture qui leur est propre ? On a découvert un mouvement de nutation dans différentes parties de plantes ; plusieurs enfin ont des mouvemens analogues à