Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/655

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& graveleux. C’est ainsi que nos montagnes couvertes de forêts du tems des druides, & même lorsque César conquit les Gaules, ne présentent presque plus aujourd’hui que des rochers nus, décharnés, où les troupeaux vont chercher une chétive nourriture, & achèvent de détruire le principe de la terre végétale, en dépouillant ce roc des plantes qui l’auroient produite. L’archiduc Léopold Joseph, grand-duc de Toscane, aujourd’hui régnant, le protecteur & le restaurateur de l’agriculture dans ses états, a si bien senti toute la conséquence de cette vérité, qu’il a défendu de défricher & de cultiver les sommets des montagnes jusqu’à une certaine distance. Alors ces sommets bien boisés deviennent peu à peu des dépôts de terre végétale qui enrichissent successivement les collines à mesure que la leur est dissipée. En effet, telle montagne ne s’affaisse & ne se décharne, que parce qu’on l’a dépouillée des arbres qui faisoient sa parure & sa richesse, & dont les racines, par leurs entrelacemens multipliés, conservoient & retenoient cette terre précieuse.

On ne fait point assez attention à cette augmentation de terreau que l’arbre produit. Pour en avoir une preuve bien sensible, plantez un terrain marécageux, multipliez-y les osiers, les saules, les peupliers, &c. chaque année il s’y formera de nouvelles couches de terre, & la surface du terrain s’exhaussera. Enfin l’arbre mort, desséché & pourri sur la place, rendra plus de substance à la terre qui l’a vu naître, qu’elle ne lui en avoit fourni. Si on doute de ce fait, on peut consulter les belles expériences de M. Hales, rapportées dans sa Statique des Végétaux, & ce que nous dirons au mot Terre.

Il résulte de ces observations, que le propriétaire intelligent renoncera à ces maigres récoltes de seigle, dont le produit couvre à peine les frais de culture, & que la moindre sécheresse rend nulles ; il trouvera plus son compte à couvrir les hauteurs avec des arbres analogues au terrain qu’il habite. Le bois devient si rare en France, le luxe en multiplie tellement la consommation, que cette spéculation mérite qu’on y réfléchisse. N’abattez jamais un arbre sans en avoir auparavant planté dix ; que les environs de votre habitation soient bien boisés ; ces arbres rendront l’air plus salubre ; (voyez p. 322, le mot Air) ils y entretiendront la fraîcheur pendant l’été, & l’abriteront pendant l’hiver. C’est par le moyen des plantations, par les lisières d’arbres qui circonscrivent les champs des hollandois au Cap de Bonne-Espérance, qu’ils sont parvenus à garantir leurs récoltes de ces coups de vents affreux, qui de tems à autre désolent le pays. M. de Sully, le plus digne des ministres, sous le plus grand de nos rois, fit ordonner de planter des ormeaux à la porte de toutes les églises de campagne. On en voit encore quelques-uns, & on les appelle les Rosni. Il seroit à desirer que cette coutume utile se fût soutenue & même étendue jusqu’à la plantation des cimetières. Cultivez la plaine, mais boisez les montagnes, & dans la