Page:Ruskin et la religion de la beauté.djvu/171

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projettent ces ombres sont laissées dans leurs difformités et leurs misères », et s’il en prend prétexte, au milieu d’une dissertation d’art, pour nous parler de grèves, de salaires et de coopération, nous trouvons dans ses paroles quelque chose qui nous semble plus adéquat encore à la vie que nous vivons.

Enfin elles répondent à nos instincts nomades et à nos curiosités cosmopolites. Ruskin ne se contente pas d’enseigner à Oxford ; il suit ses élèves dans leurs voyages à Amiens, à Florence, à Venise, pour les garder des suggestions hérétiques des Murray, des Baedeker ou des Woerl. Il les suit au moyen de petites plaquettes de vingt pages, à reliure souple, aisément maniables, vite lues, qu’on met dans sa poche en quittant l’hôtel, qui n’immobilisent point une main, qui ne vous empêchent ni d’acheter une brassée de fleurs d’amandiers sur le Lung’Arno en revenant des Uffizi, ni de donner à manger aux pigeons de Saint-Marc en allant au palais des Doges. Ce sont les Mornings in Florence le St Mark’s Rest et « Our fathers have told us » ou The Bible of Amiens. Une fois venu dans la chapelle ou au musée, on tire de sa poche le livret et ce petit démon chuchoteur, habillé de rouge, plein de promesses et de surprises, fait des trous dans les vieux murs et dans les vieilles toiles, et par