Page:Sénèque - Tragédies, trad. Greslou, 1834, t. 1.pdf/73

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qui sépare deux mers, je ne suis point assis sur le trône comme un lâche héritier de rois, qui règne en vertu de droits antiques et transmis par ses pères. Je n’ai point de nobles aïeux, et je ne puis montrer dans ma famille de titres éclatans ; mais j’ai la gloire que donne le courage. Vanter son origine, c’est exalter le mérite d’un autre. Toutefois un sceptre usurpé tremble toujours dans la main qui le porte : il n’a de salut que dans la force. Quand on sait que les sujets n’obéissent qu’en frémissant, il faut tenir le glaive levé sur eux, pour assurer ses droits. Rien de moins stable qu’un trône où l’on s’assied à la place d’un autre. Mais il est un moyen de fortifier ma position ; il suffit pour cela que Mégare me soit unie par les liens d’un royal hymen. La noblesse de sa naissance rehaussera l’éclat de ma gloire nouvelle. Je ne pense pas qu’elle refuse, et qu’elle ose rejeter mon alliance : mais si elle s’obstine dans un refus superbe, je suis résolu d’avance à exterminer toute la famille d’Hercule ; cet acte soulèvera la haine et les murmures du peuple : le premier point de l’art de régner, c’est de savoir braver la haine. Essayons donc ; le hasard me favorise : voici Mégare elle-même, triste et voilée, debout auprès de ses dieux protecteurs, et le véritable père d’Hercule est à ses côtés.


MÉGARE.

Quel nouveau dessein médite ce monstre, le fléau et la ruine de notre maison ? quel attentat ?


LYCUS.

Ô vous, noble héritière du sang des rois ! daignez pour un moment prêter à mes paroles une oreille favo-