Page:Sénancour - Rêverie sur la nature primitive de l’homme, tome 2.djvu/89

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


hommes, dit-on, qui nient les dogmes transmis par leurs
pères, partagent les terreurs de leurs nourrices (Cf.
thème, Ob. XLIV, 164-168). C’est comme si l’on disoit :
Que de contradictions ! ils ne croient pas ce que nous
croyons, et ils croyent ce que nous ne croyons pas ; ou,
en d’autres termes, ils ne pensent pas comme nous, et
de plus ils ne pensent pas comme nous. On oublie d’observer
qu’il y a… …une chose inexplicable (Ibid.,
p. 192, n. 1, 1-2) n’est pourtant pas évidemment impossible,

[194]

| ou croire… …certaine et adorable (Ibid.,
p. 192, n. 1, 2-3) comme étant émanée de la vérité
même. Certainement celui qui soutiendra comme
incontestable, l’authenticité en quelque sorte de ses
pressentimens, sera superstitieux ou fanatique. Mais César auroit
pu voir avec quelque crainte l’apparition d’une comète,
et soupçonner pourtant le maître de la foudre de n’avoir
pas brûlé d’amour pour une vache. César n’a jamais dit :
Je ne crois point du tout qu’il y ait une puissance céleste,
mais je crois de toute mon ame que les comètes viennent
exprès pour nous prédire de grands malheurs. Il semble
que ceux qui s’appellent les fidèles ne parlent jamais
qu’avec passion de ceux qu’ils croient leurs adversaires,
car les réflexions les plus simples leur échappent souvent,
et souvent lorsqu’ils disputent seuls, on les voit triomphans
pour des raisonnemens qui les feroient rire eux-
mêmes s’ils y prenoient garde.