Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/325

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1673

358. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, lundi 18e décembre.

J’attends vos lettres avec une juste impatience. Je ne puis avoir le corps ni l’âme en repos[1] que le marquis de Buous[2] ne soit syndic. Je l’espère ; mais comme je crains toujours, je voudrois que cette affaire fût déjà finie. J’ai vu deux heures M. de Pompone à Paris ; il souffre fort patiemment la longueur de mes conversations ; elles sont mêlées d’une manière qu’il ne me paroît pas qu’il en soit fatigué. Il ne se cache pas de dire qu’il souhaite que M. de Buous soit syndic, que cela lui paroît juste et raisonnable, et que M. de Grignan auroit grand sujet de se plaindre, si après ce qui s’est passé à la cour[3], il avoit encore ce chagrin-là dans la province. Il aime vos lettres, et vous estime et admire[4] ; il voit clairement le pouvoir que vous avez dans la province, et sur la noblesse, et au parlement, et dans les communautés ; et cela sera remarqué en bon lieu.

M. de Louvigny est revenu avec plusieurs autres. On dit qu’il se plaint du Torrent[5] d’avoir ôté à la Rosée la

  1. Lettre 358. — 1. « Je ne puis être tranquille. » (Édition de 1754.)
  2. 2. Cousin germain du comte de Grignan. Voyez tome II, p. 367, note 11.
  3. 3. Voyez la note 4 de la lettre précédente.
  4. 4. « Ce ministre aime vos lettres ; il vous estime et vous admire. » (Édition de 1754.)
  5. 5. On croit que le Torrent est la sœur de M. de Louvigny, la princesse de Monaco, dont le caractère était bouillant et impétueux, et que la Rosée est Mme de Louvigny. On voit en effet dans un passage qui termine la lettre du 17 juillet 1676, que M. de Louvigny eut bientôt sujet de se plaindre de sa femme ; tout indique d’ailleurs ici que ce n’est que dans la famille de Gramont qu’il faut chercher l’interprétation de ces chiffres. (Note de l’édition de 1818.) — Un