Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/100

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14 NOTICE SUR MADAME DE SIMIANE.

de lecteurs; et voici ce que j’y dirai au sujet des personnes pieuses, après avoir parlé des gens du monde

« Les personnes de piété ne s’accommoderont pas moins de cette lecture que les gens du monde, puisque ces lettres (je ne crains pas de le dire) méritent qu’on les regarde comme diffé- rents traités de morale, d’autant plus utiles qu’ils ne sont point annoncés comme tels, et que la vertu mise en action s’y trouve parée de tout ce qui peut la rendre aimable1. »

J’en reviens donc à vous dire, Madame, que si je suivois les vues que vous m’exposez dans votre lettre, je croirois faire quelque chose qui vous déplairoit dans la suite, c’est-à-dire quand vous y auriez fait un peu plus de réflexion et vous me reprocheriez sans doute de vous avoir obéi trop exactement; vous me diriez avec raison qu’il falloit laisser refroidir une première idée, conçue avec trop de chaleur. Je conclus donc, Madame, qu’il ne doit point être question de vos regrets ni de votre désaveu dans l’avertissement; et pour ce qui est d’une lettre sur ce sujet, dont vous me laissez le choix, la chose ne sera pas si difficile, mais l’embarras sera de trouver où placer cette lettre je verrai cependant ce qui se pourra faire là-dessus, et j’aurai l’honneur de vous en rendre compte2.

Pour ce qui est des originaux des lettres et du portrait de Mme de Grignan, je serai très-attentif à vous les envoyer incessamment. Je finis en vous ’assurant qu’on ne peut rien ajouter an dévouement et aux respects avec lesquels je suis à vous, Madame, -et pour toujours.

ï. Perrin a inséré dans V Avertissement de 1 737 tout ce qu’il y a d’essentiel dans ce paragraphe. Après avoir parlé des gens du monde, des gens de lettres et des savants, il ajoute « II ne me sera pas plus difficile de prouver que les personnes de piété seront charmées de lire des lettres dont la plupart méritent qu’on les regarde comme différents traités de morale chrétienne, d’autant plus utiles qu’ils ne sont point annoncés sur ce pied-là, et que la vertu mise en action s’y trouve parée de tout ce qui peut la rendre aimable. »

a. Quoi que dise ici Perrin, ce n’est pas dans une lettre, mais dans l’avertissement, qu’il a placé, comme nous l’avons vu (p. n, note 1), non pas l’expression de ses regrets, mais, sous une forme très-adoucie, une sorte de désaveu de Mme de Simiane.