Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/19

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DE M*EI DE SÉVIGNÉ ET DE CHOISEUL. xin

LETTRE DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL

A HORACE WALPOLE.

A Versailles, ce 19.

J’imagine qu’en Angleterre comme en France on donne du bonbon aux petits enfants qui sont jolis, bien sages, qui ont bien dit leurs leçons et dont on est bien content. Or, comme vous êtes mon petit-fils, Monsieur, que je vous trouve un fort joli enfant, que vous m’avez écrit une fort jolie lettre, et que je suis fort contente de vous, je’vous envore pour votre bonbon une lettre de Mme de Sévigné. J’entends dire cependant que vous êtes fort épris des charmes de cette belle habitante des champs Élysées, et ce n’est pas un trop joli rôle à jouer pour une grand’mère de favoriser les passions amoureuses de son petit-fils; d’ailleurs je crains que cet amour ne fasse tout à votre petite femme; mais comme c’est elle qui m’a obligée à rechercher cette lettre et à vous l’envoyer, je lui dois de vous faire connoltre ce sublime effort de l’amour conjugal, pour que vous lui rapportiez toute la reconnoissance et les remerciements qu’elle mérite.

C’est du marquis de Castellane, qui avoit épousé l’arrièrepetite-fille de Mme de Sévigné, que je tiens ces lettres. Il ne m’a été permis de vous en donner qu’une; mais je garde les autres, pour vous les faire lire à votre retour; et vous choisirez entre elles celle qui vous plaira le plus. Celle-ci est du choix de ma petite-fille. Je voulois vous en envoyer une autre, qu’elle a dédaignée parce qu’elle est fort longue, et qu’elle traite d’une tracasserie fort obscure et à la vérité fort ennuyeuse; mais le commencement et la fin en sont si touchantes pour sa fille, que je me suis écriée en les entendant « Ah si ma mère m’avoit jamais dit la millième partie de cela » C’étoit le marquis qui lisoit, et les glaces apparentes de son austérité se sont fondues à cette exclamation; il a presque pleuré avec moi, car il con•noissoit ma mère; elle avoit toutes les vertus, tous les esprits, tous les agréments; mais elle ne me soupçonnoit pas de con-