Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/397

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SUR L’ART POÉTIQUE D’HORACE. 3n

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la nature de chaque caractère et de chaque habitude, de manière qu’on ne les confonde jamais, et que l’on démêle toujours ce que chaque chose a d’éclatant d’avec ce qu’elle a de solide, et ce qui est de son essence d’avec ce qui n’est qu’une suite et qu’un accompagnement. Cela demande un profond savoir et une très-grande étendue d’esprit, qui ne sont point si nécessaires à ceux qui s’attachent à des sujets connus, et qui suivent un guide.

La troisième et dernière raison se tire de la disposition de ceux qui jugent d’une tragédie. Quand un poëte met un caractère nouveau sur la scène, il a presque autant de. censeurs que de spectateurs car chacun prétend avoir droit de j juger de ce caractère, etde le censurer, s’il n’est pas conforme à l’idée qu’il en a, qu’il croit la seule bonne, et qu’il regarde comme la seule règle du vrai.

Puisqu’on a tant de peine à former et créer un bon caractère, et à le rendre juste et naturel et que lors même qu’on ya a réussi, on n’est pas assuré de plaire, doutera-t-on un seul moment qu’Horace n’ait dû avertir les Pisons1 qu’il étoit plus difficile de traiter convenablement un sujet nouveau qu’un sujet connu?

Je conclus donc, Monsieur, a ce qu’il vous plaise débouter M, de S* de sa requête, et !e condamner aux: dépens. Les dépens que je demande, c’est son amitié. J’espère qu’il ne regardera pas cela comme une peine, quand il saura les sentiments que j’ai pour lui. L’humilité nécessairement attachée à l’état de client mVsmpêohe de vous témoigner ici tous ceux que j’ai pour vous; mais elle ne me défend pas de vous assurer au moins que je suis avec beaucoup de respect, >̃̃̃ ̃ ,.̃̃̃.

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

NOUVEAU COKTREDIT.

QUELQUE jugement que vous prononciez, Monsieur,. sur le procès dont vous êtes l’arbitre souverain, votre suppliant trouve déjà qu’il a gagné sa cause. C’est assez pour un homme qui a passé les quinze premières années de sa jeunesse en qualité de courtisan ignorant, et qui depuis dix autres années est devenu provincial d’avoir trouvé 1. Les Pisons, à qui est adresse l’Are poétique d’Horace, intitulé Epistola ad Pisones. Voyez ci-après, p. 3i3, dernier alinéa.

2. Charles de Sérigné s’était marié en Bretagne au commencement de 1684. Voyez au tome 1 la Notice sur Mme de Sévigné, p. 25g.