Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/409

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SUR L’ART POÉTIQUE D’HORACE. 323

« Je conseillerai à lui savant imitateur d’avoir incessamment les yeux sur le modèle de la vie et des mœurs, et de tirer delà de véritables traits, etc. i. » Il appelle la nature le modèle et l’exemplaire de la vie et des mœurs, parce qu’elle est la source de tous les caractères C’est dans la nature qu’on trouve les véritables originaux dont les particuliers ne sont que la copie, et la copie même imparfaite. Horace veut qu’on’quitte la copie pour regarder les qui sont dans s la nature. Veut-il qu’on quitte ce qui est pour ce qui n’est point ? Il diroit une chose très-ridicule. Puisque les copies existent, qui est-ce qui osera nier les originaux, qui sont la vérité dont la copie n’est que l’image? M. de S* ne m’auroit pas fait cette objection s’il avoit su ce que Platon dit de certaines gens qu’il oppose aux philosophes, et qui n’ayaut pas la force de concevoir les choses générales et abstraites, sont obligés de reposer toujours leur imagination sur ce qui est particulier, c’est-à-dire matériel et palpable. Le sage est pour eux un tel homme qu’ils connoissent le philosophe est un tel dont ils savent le nom; le beau c’est une telle personne car ils sont toujours bornés à ce qui est particulier. Ces gens-là, dit Platon ne vivent qu’en songe, car ils prennent l’ombre pour le corps • au Lieu que ceux qui, connaissant la beauté, la sagesse et la justice et les choses particulières qui y participent, en ont des idées si distinctes, qu’ils ne prennent jamais celles-ci pour celles-là, ni celles-là pour celles-ci, la copie pour l’original, ni l’original pour la copie • ceux-là ̃ vivent véritablement2. Je suis fâché que la vie de M. de S* selon Platon, ne soit qu’un songe maisj’espère qu’il se ré veillera bientôt qu’il vivra véritablement.

M de S* « Combien inventera-t-on de choses d’ici à deux cents ans ? M. D" auroit-il bien le courage de les appeler « communes »? elles ne sont pas encore dans la nature. »

Réponse. J’aurois ce courage assurément, et je croirois très-bien parler de les appeler communia, «• communes», si fécrivoisen grec ou en latin; car tout ce qui sera inventé d’ici à deux cents ans et dans deux mille ans, est aujourd’hui dans la nature cela est aussi évident que les vérités les plus connues. Comment M. de S* conçoit-il qu’on puisse jamais trouver ce qui n’est point La médecine la chimie étoient avant que d’être inventées ce qui n’est point ne peut être ni vu ni connu, ni par conséquent inventé.

z. Daeier ahrége ici la traduction qu’il a donnée de ce passage dans son

édition d’llorace de 1689.

2. Ÿoy·ex, vers la fin, le Vc Livre de Ia ~ëpnblE~r~e de Platon, au torne XI

de la traduction de Af. Cousin, lr. 311.