Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/420

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334 CH. DE SÉVIGNÉ ET DACIER

cisément le lieu) parle à son livre, et le gronde de l’impatience qu’il a de.paroître dans le monde. Il lui dit

Pauds ostendi gémis, et communia laudas*.

Prenons le sens de M. D* et traduisons ainsi pour lui plaire ix Tu. t’ennuies, mon livre, de n’être lu que par quelques-uns de mes amis tu trouves bien plus beau d’être tout à fait inconnu. » Ce passage seul n’ouvrira-t-il pas les yeux à M. D**? Et faut-il lui dire que ce qu’Horace appelle communia, sont des choses qui sont entre les mains de tout le monde? Et comment peut-on être entre les mains de tout le monde, et à l’usage de tout le monde, sans être trouvé, inventé, raconté, imprimé? ai. D** ne peut-il pour quelque temps suspendre sa science et son érudition, pour entendre le mot communia comme tous les hommes l’entendent, quand il ne s’agit point d’un procès particulier sur un bien abandonné? P Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, depuis le moindre écolier jusqu’à M. D* tout le monde entend le mot communia d’une même façon, c’est-à-dire a des choses qui sont entre les mains et à l’usage de tout le monde. » Pourquoi entreprend-il de disputer contre son propre sentiment ? Si communia veut dire ignota, « inconnus », dans l’Art poétique, il veut dire aussi la même chose dans l’endroit que je cite, puisqu’il n’a point d’autre siguification selon M. D* C’est le même auteur qui parle, et qui parle dans le même esprit. Que M. D** accorde maintenant ces deux passages selon le sens qu’il donne au mot communia de Vdrt poétique, et je serai bien vengé.

Dans l’erreur où je suis qu’une chose ne peut être « commune » avant que d’être, j’avois prié M. D** de m’apprendre comment il entendoit qu’un caractère fût « commun » avant que d’être inventé. Voici la leçon qu’il m’à faite

M. D* « M. de S* confond être avec exister. Une chose peut être sans exister, et elle ne peut exister sans être. Le triangle étoit avant qu’aucun homme du monde se fut avisé de faire un triangle. Deux et deux faisoient quatre avant qu’on sût compter, et qu’on eût aucune connoissance de l’arithmétique. Il en est de même de tous les caractères imaginables ils n’existent pas, mais ils n’en sont pas moins. »

Réponse. Grâces à Dieu nous voilà heureusement transportés du I. Vers 4 de la dernière épître du Uvre I.