Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/160

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1672 m’a ôté un air de jeunesse que je ne pense pas que je recouvre jamais[1]. Vous m’en eussiez rendu plus que personne par la joie que j’aurois eue de vous voir, et par les épanouissements de rate à quoi nous sommes fort sujets quand nous sommes ensemble. Mais enfin Dieu ne l’a pas voulu, ni le grand Jupiter, qui s’est contenté de me mettre sur sa montagne[2], sans vouloir me faire voir ma famille entière. Je trouve Mme de Toulongeon, ma cousine, fort jolie et fort aimable. Je ne la croyois pas si bien faite, ni qu’elle entendît si bien les choses. Elle m’a dit mille biens de vos filles ; je n’ai pas eu de peine à le croire.

Adieu, mon cher cousin, je m’en vais en Provence voir cette pauvre Grignan. Voilà ce qui s’appelle aimer. Je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez.


300. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Lyon, mercredi 27e juillet.

Si cette date ne vous plaît pas, ma bonne, je ne sais que vous faire. Je reçus hier deux de vos lettres, par Mme de Rochebonne[3], dont la ressemblance me surprit

  1. 10. Mme de Sévigné avait alors quarante-six ans et demi.
  2. 11. Montjeu, en latin Mons Jovis, « montagne de Jupiter. »
  3. Lettre 300. — 1. Thérèse Adhémar de Monteil, sœur du comte de Grignan. Elle avait épousé Charles de Châteauneuf, comte de Rochebonne, qui fut mestre de camp du régiment de la Reine, puis commandant pour le Roi dans les provinces de Lyon, Forez et Beaujolais. Elle mourut le 21 mai 1719 et son mari au mois de mars 1725. Ils semblent avoir eu une très-nombreuse famille (voyez la lettre du 20 juillet 1689), et cependant cette maison finit avec leurs enfants. Le fils aîné fut tué à Malplaquet (1709) où il commandait le régiment de