Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/20

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1672 moi de ne vous donner pas plus, et venez que je vous embrasse : quelle joie quand ce sera tout de bon, ma mignonne ! Je ne vous envoie plus le Pont-Neuf, c’est à vous à le venir voir ; je vous envoie cent mille petits Amours[1] qui sont cent fois plus beaux. Vous y trouverez vos petits enfants ; je crois que vous les trouverez jolis.

Suscription : Pour la Belle.


263. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 8e avril.

La guerre est déclarée[2], ma bonne, on ne parle que de partir. Canaples[3] a demandé permission au Roi d’aller servir dans l’armée du roi d’Angleterre ; et en effet il est parti malcontent de n’avoir point eu de l’emploi en France. Le maréchal du Plessis ne quittera point Paris : il est bourgeois et chanoine ; il met à couvert tous ses lauriers, et jugera des coups : je ne trouve pas son personnage mauvais, ayant une si belle et si grande réputation. Il dit au Roi, qu’il portoit envie à ses enfants qui avoient l’honneur de servir Sa Majesté ; que pour lui il souhaitoit la mort, puisqu’il n’étoit plus bon à rien. Le Roi l’embrassa, et lui dit : « Monsieur le maréchal, on ne travaille que pour approcher de la réputation que vous avez acquise ; il est agréable de se reposer après

  1. 30. Une gravure représentant cet éventail des petits Amours, que Mme de Sévigné envoie à sa fille, a été jointe aux Lettres inédites publiées chez Blaise en 1827.
  2. Lettre 263. — 1. Elle l’avait été la veille par une ordonnance du Roi. Voyez la Gazette du 9 avril.
  3. 9. Voyez tome II, p. 492, note 8.