Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/314

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1673

355. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, lundi 11e décembre.

Je viens de Saint-Germain[1], ma chère fille, où j’ai été deux jours entiers avec Mme de Coulanges et M. de la Rochefoucauld : nous logions chez lui. Nous fîmes le soir notre cour à la Reine, qui me dit bien des choses obligeantes pour vous ; mais s’il falloit vous dire tous les bonjours[2], tous les compliments d’hommes et de femmes, vieux et jeunes, qui m’accablèrent et me parlèrent de vous, ce seroit nommer quasi toute la cour ; je n’ai rien vu de pareil. « Et comment se porte Mme de Grignan ? Quand reviendra-t-elle ? » Et ceci, et cela. Enfin représentez-vous que chacun n’ayant rien à faire et me disant un mot, me faisoit répondre à vingt personnes à la fois. J’ai dîné avec Mme de Louvois[3] ; il y avoit presse à qui

  1. Lettre 355. — 1. Leurs Majestés et le Dauphin avaient quitté Versailles, pour aller demeurer à Saint-Germain, le 30 novembre. Voyez la Gazette du 2 décembre.
  2. 2. Dans les deux éditions de Perrin : « tous les bons jours. »
  3. 3. Anne de Souvré, marquise de Courtenvaux, fille posthume et unique de Charles marquis de Souvré, petit-fils du maréchal, premier gentilhomme de la chambre du Roi, et de Marguerite Barentin ; mariée le 19 mars 1662, veuve le 16 juillet 1691, morte à soixante-neuf ans le 2 décembre 1715. Elle était petite-nièce de la marquise de Sablé et du premier maréchal de Villeroi, qui fut son tuteur. « Elle avoit la plus grande mine du monde, la plus belle et la plus grande taille ; une brune avec de la beauté ; peu d’esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son mariage, quoiqu’il ne se puisse rien ajouter à la considération que Louvois eut toujours pour elle… Elle mena une vie si honorable, si convenable, si décente et si digne, dont elle ne s’est jamais démentie en rien, que sa mort, qui fut semblable à sa vie, fut le désespoir des pauvres, la douleur de sa famille et de ses amis, et le regret véritable du public. En elle finit la maison de Souvré. » Voyez Saint-Simon, tome XIII, p. 308-310, et les lettres de septembre et d’octobre 1694.