Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/62

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« Tout de bon, il me semble que cela n’est pas trop mal ; je crois que M. de Montecuculi trouveroit assez bien ce que l’on vient de faire. » Il est vrai que c’étoit un chef d’œuvre d’habileté. Mme de Villars a vu encore une relation depuis le jour du combat : on lui dit que dans le passage du Rhin le chevalier de Grignan fit encore des merveilles de valeur et de prudence : il est impossible de s’être plus distingué qu’il a fait. Dieu le conserve ! car le courage de M. de Turenne est passé à nos ennemis : ils ne trouvent plus rien d’impossible depuis la défaite du maréchal de Créquy.

M. de la Feuillade a pris la poste, et s’en est venu droit à Versailles, où il surprit le Roi ; il lui dit : « Sire, les uns font venir leurs femmes (c’est Rochefort), les autres les viennent voir : pour moi, je viens voir une heure Votre Majesté, et la remercier mille et mille fois ; je ne verrai que Votre Majesté, car ce n’est qu’à elle que je dois tout. » II causa assez longtemps, et puis prit congé, et dit : « Sire, je m’en vais, je vous supplie de faire mes compliments à la Reine, à Monsieur le Dauphin, à ma femme et à mes enfants, » et s’en alla remonter à cheval, et en effet n’a vu âme vivante. Cette petite équipée a fort plu au Roi ; il a raconté en riant comme il étoit chargé de compliments. Il n’y a qu’à être heureux, tout réussit. Je finis, au pied de la lettre entièrement à vous. J’embrasse le Comte.

Nous allons songer à votre tapis de pied[1].

  1. Ces mots, dans le manuscrit, qui seul les donne, viennent après ceux-ci, qui terminent un alinéa de la p. 53 : « les effets de cette perte. » Mme de Sévigné les avait sans doute écrits, après avoir achevé sa lettre, à une place quelconque de son papier, demeurée blanche. — Trois lignes plus haut, après le mot compliments, le chevalier de Perrin, dans son édition de 1754, a ajouté : « de M. de la Feuillade. »