Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/71

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1675
pouvoit prononcer ; mais sur la fin il n’y avoit plus que pour elle : je ne crois pas qu’elle obtienne rien.

Monsieur le Coadjuteur a fait la plus belle harangue et la mieux prononcée qu’il est possible[1] ; il passa cet endroit, qui avoit été fait et rappliqué après coup, avec une grâce et une habileté nompareille ; c’est ce qui a le plus touché tous les courtisans. C’est une chose si nouvelle que de varier la phrase, qu’il a pris l’occasion que Voiture souhaitoit pour écrire moins ennuyeusement â Monsieur le Prince[2], et s’en est aussi bien servi qu’il auroit fait. Le Roi a fort loué cette action, et dit à Monsieur le Dauphin : « Combien voudriez-vous qu’il vous en eùt coûté, et parler aussi bien que Monsieur le Coadjuteur[3] ? » M. de Montausier

  1. La harangue ou Remontrance du coadjuteur d’Arles nous a été conservée dans les Procès-verbaux de l’assemblée du clergé de 1675. Voici l’endroit relatif à la défaite de Conz-Saarbruck, dont veut parler ici Mme de Sévigné : « Que pourriez-vous lui refuser (à Dieu) après toutes les prospérités dont il a comblé Votre Majesté ? Quel succès n’a-t-il pas donné à vos armes animées de votre présence ? Il semble que vos ennemis ne se sont multipliés que pour multiplier vos trophées. Toutes vos campagnes ont été marquées par la prise de quelque ville considérable ou de quelque province ; et vous nous avez si fort accoutumés à ne voir dans l’histoire de votre règne que victoire sur victoire, conquête sur conquête, que nous ayant fait oublier que les armes sont journalières, il nous paroît aujourd’hui extraordinaire qu’elles nous puissent être contraires même une seule fois. »
  2. Voiture dit au duc d’Enghien dans la lettre qu’il lui écrit sur la prise de Dunkerque (édit. de 1672, p. 357) : « S’il vous plaisoit vous laisser battre quelquefois ou lever seulement le siège de devant quelque place, nous pourrions (nous autres beaux esprits) nous sauver par la diversité, et nous trouverions quelque chose de beau à vous dire sur l’inconstance de la fortune et sur l’honneur qu’il y a à souffrir courageusement ses disgrâces. »
  3. « Le coadjuteur d’Arles a harangué le Roi, à la tête d’une députation du clergé de France; et Sa Majesté témoigna publiquement qu’Elle l’avoit écouté avec toute la satisfaction possible. » (Gazette du 24 août.)