Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/76

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trouve cette dureté grande : il est vrai qu’elle ressemble assez à la Diane d’Arles ; mais je ne trouve pas qu’elle puisse espérer d’être égayée, à la vie qu’elle fait.

M. le cardinal de Bouillon est venu ici tantôt : il est touché de votre lettre, et persuadé de vos sentiments ; il a toujours les larmes aux yeux : je lui ai parlé de vos douleurs ; il m’a priée de lui montrer ce que vous m’en mandez ; je le ferai, et rien ne vous fera plus d’honneur. Je lui montrerai aussi une lettre du chevalier[1], qu’on ne peut pas lire sans pleurer. J’ai eu bien du monde aujourd’hui ; je me porte très-bien de ma petite médecine ; toutes mes amies m’ont gardée : votre portrait a servi à la conversation ; il devient chef-d’œuvre à vue d’œil ; je crois que c’est parce que Mignard n’en veut plus faire.

Adieu, ma très-chère et très-aimable enfant ; que ne vous dirois-je point de ma tendresse pour vous, si je voulois me lâcher la bride ? Croyez, ma fille, en un seul mot, que vous ne pouvez jamais être plus parfaitement aimée, ni plus véritablement estimée, que vous l’êtes de moi ; car il y a de tout dans l’amitié que j’ai pour vous : mille raisons confirment mes sentiments. Je n’avois pas dessein d’en tant dire, mais on ne peut pas toujours s’en empêcher, en vérité. J’embrasse M. de Grignan de tout mon cœur. Va-t-il pas toujours à la chasse ? n’est-ce pas toujours la même vie que je connois ? Parlez-moi de nos petits enfants ; Pauline est-elle belle ? Le pichon n’est-il point encore tombé ? La mienne[2] se souvient-elle de moi ? Mon Dieu ! que je voudrois bien vous embrasser ! Si vous trouvez mille fautes dans cette lettre, excusez-les ; car le moyen de la relire ?

  1. Du chevalier de Grignan.
  2. Marie-Blanche.