Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 6.djvu/369

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1680

1680 l’ayant su, il l’a prise en horreur : voyez quel malheur ! et cependant quelle injustice ! Tout est encore à Maubuisson : on croit qu’on pourroit bien ne se retrouver qu’à Fontainebleau, où l’on va le 13e du mois prochain[1].

Il fait un temps entièrement détraqué : nous attendons encore sept ou huit jours pour partir ; je ne vous dis point la ridicule douleur que donne ce second adieu ; elle est tout intérieure, et n’en est pas moindre.

Le Roi donne cent mille francs à Brancas pour marier sa fille[2] au duc de Brancas son neveu ; et Brancas y ajoute

  1. 8. La Gazette du 18 mai annonce que la cour est arrivée à Fontainebleau le 13, et qu’elle doit y demeurer jusqu’au commencement de juillet.
  2. 9. Marie, seconde fille du comte de Brancas et sœur de la princesse d’Harcourt. Elle épousa Louis de Brancas, duc de Villars, fils du frère aîné de son père et de Marie-Madeleine, fille de Louis Girard, comte de Villetaneuse, procureur général de la chambre des comptes de Paris. Né le 14 février 1663, Louis de Brancas fut tenu sur les fonts par le Roi et Mlle de Montpensier le 1er mars suivant. En 1684 il fut nommé colonel du régiment de Luxembourg-infanterie. Il se retira en 1721 dans l’abbaye du Bec en Normandie, y resta dix ans, vint s’établir à l’Oratoire, à Paris, et mourut le 24 janvier 1739. Sa femme, qui avait été dame d’honneur de Madame de Bavière, mourut au Palais-Royal, le 17 août 1731 âgée d’environ soixante-dix ans. Le duc de Brancas, son mari, « étoit, dit Saint-Simon (tome IV, p. 120 et 121), un homme petillant d’esprit, mais de cet esprit de saillie, de plaisanterie, de légèreté et de bons mots, sans la moindre solidité, sans aucun sens, sans aucune conduite, qui se jeta dans la crapule et dans les plus infâmes débauches, où il se ruina dans une continuelle et profonde obscurité. Sa femme devint l’objet des regrets d’un mauvais mariage fait contre son goût et contre son gré, dont elle n’étoit pas cause ; elle passa sa vie le plus souvent sans pain et sans habits, et souvent encore parmi les plus fâcheux traitements, que sa vertu, sa douceur et sa patience ne purent adoucir… Elle persuada enfin une séparation au duc de Brancas… Pour son pain elle se mit à Madame… qui… la traita jusqu’à sa mort avec beaucoup d’égards et de distinctions. » Sur la manière dont s’était fait ce mariage, sur la conversion et la retraite de Brancas, voyez Saint-Simon aux pages citées, et tome XVIII, p. 204 et 205.