Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 7.djvu/492

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1686 mais qu’on ne sauroit inspirer. Il est trop rude, et trop violent, et trop avantageux en paroles[1]. Cela m’est venu de traverse, je vous le dis avec amitié ; si j’étois de ce pays-là[2], je serois sa gouvernante ; mais j’y ai renoncé de bon cœur. Peut-être qu’il y est fort bien, car il faut toujours douter de ce qu’on ne sait point par soi-même. Ce que je sais, mon cher cousin, c’est l’intérêt que je prends à vous et à vos chers enfants. Je mets ma nièce de Coligny à la tête, et je l’embrasse tendrement et rabutinement. Ma fille vous fait mille compliments à tous deux.

  1. 3. Le marquis de Bussy avait tous les défauts de son père ; aussi éprouva-t-il un sort à peu près semblable au sien. « L’aîné (des fils du comte de Bussy) fut d’abord capitaine de cavalerie. On lui demanda un jour s’il étoit dans un régiment de prince ou de gentilhomme. Il répondit : « Dans un régiment amphibie, mon colonel n’est pas gentilhomme. » Le fils d’un homme d’affaires, officier dans le même régiment, trouvant à redire qu’il eût une vieille épée : « Il est vrai, répondit Bussy, mais tu as acheté la tienne, et la mienne est celle de mes pères. — Si c’est celle dont ton père se servoit, reprit le fils du parvenu, je te conseille de t’en défaire, tu ne lui ressembles déjà que trop par d’autres endroits ». Ces bons mots occasionnèrent entre eux une affaire d’éclat, qui, jointe à plusieurs vivacités de Bussy, l’obligèrent à sortir de France, où il ne rentra qu’à la paix de Riswick. Un soufflet qu’il donna à un huissier de la chambre du Roi le fit exiler dans ses terres, où il mourut. » Ces anecdotes sont tirées d’un manuscrit dont l’auteur est inconnu ; mais les faits qu’il rapporte ici sont tellement analogues au caractère du marquis de Bussy, tel que Mme de Sévigné et le comte de Bussy le peignent dans cette lettre et dans la suivante, que ce récit acquiert un haut degré de vraisemblance. (Note de l’édition de 1818.)
  2. 4. De la cour.