Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/44

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LETTRE QUATRIÈME.


Aline à Valcour.


9 Juin.



Je vous sais gré de votre résignation, mon ami, quoiqu’elle ne soit pas très-entière ; n’importe, n’abusez pas de ce que je vais vous dire, mais ma reconnaissance eût été moindre si vous eussiez obéi de meilleur cœur.

Que vos peines s’adoucissent, ô mon cher Valcour, par la certitude que je les partage. Je ne sais ce que ma mère a dit à son mari, mais M. d’Olbourg n’a point reparu depuis le soir où il soupa ici, et j’ai cru lire moins de sévérité dans les yeux de mon père ; n’allez pas croire qu’il résulte de-là que ses premiers projets se soient anéantis, je vous aime trop sincèrement pour laisser germer dans votre cœur une espérance qu’il ne faudrait que trop tôt perdre. Mais les choses ne seront pas, au moins, aussi prochaines que je le craignais, et dans une circonstance comme celle où nous sommes, je vous le répète, c’est tout obtenir que d’avoir des délais.