Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/46

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Aline à Valcour.


homme très-riche, et son ami depuis long-tems ».

Ma mère, très-contente de l’amener peu-à-peu à une explication, sans combattre absolument son projet, lui a demandé les motifs de son éloignement pour vous. Le peu de fortune est devenu tout de suite son argument indestructible, et ne pouvant, disait-il, vous refuser des qualités (comme si son orgueil eût été désolé d’un aveu qu’il lui était impossible de ne pas faire), il s’est rejeté d’abord sur vos défauts, et celui qu’il vous reproche, avec le plus d’amertume, est le manque d’ambition, la nonchalance, étonnante dont vous êtes pour votre fortune et le tort affreux que vous avez eu, selon lui, de quitter si jeune le service. À cela, ma mère a voulu opposer vos talens, votre amour pour les lettres, qui absorbant tout autre goût, vous a, pour ainsi dire, isolé, afin d’étudier plus à l’aise. Ici, le Président, ennemi capital de tout ce qui s’appelle beaux-arts, s’est enflammé de nouveau......... « Et que font ces misères là au bonheur de la vie ? Madame, a-t-il répliqué avec humeur, avez-vous vu