Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/119

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gance au point de croire qu’une créature féminine devait valoir mieux pour avoir une partie de son corps un peu plus ou un peu moins ouverte. Pour quel but la nature a-t-elle créé tous les humains ? N’est-ce pas pour se donner mutuellement tous les secours, et par conséquent tous les plaisirs qui dépendent d’eux ; or s’il est vrai qu’un homme doive attendre de très grands plaisirs d’une jeune fille, ne contrariez-vous pas les loix de là nature en composant à cette pauvre fille une vertu féroce qui lui défend de se prêter aux desirs impétueux de cet homme ; pouvez-vous vous permettre une telle barbarie, sans la justifier par quelque chose ; or que m’alléguez-vous pour me convaincre que cette jeune fille fait bien de garder sa virginité ? Votre religion, vos mœurs, vos usages ? Et qu’y a-t-il, je vous prie, de plus méprisable que tout cela ? Je ne parle pas de la religion, je vous connais assez tous pour être bien persuadée du peu de cas que vous en faites. Mais les mœurs, qu’est-ce que les mœurs, j’ose vous le demander ? On appelle ainsi, ce me semble, le genre de conduite des individus d’une nation entre eux et avec les autres. Or ces mœurs, vous en conviendrez, doi-