Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/195

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phrosine, elle se jeta sans besoin dans la carrière du libertinage : imitez-la par nécessité. C’est l’unique parti qui vous reste, le seul que je vous conseille ; mais quand vous l’aurez pris, ne me voyez plus, peut-être cet état ne vous réussirait point, vous auriez besoin d’argent, de crédit, et je ne pourrais vous offrir ni l’un ni l’autre. À ces mots, la Delbène lève le siège, et me laisse dans un étonnement… qui, sans doute, eût été moins vif, avec un peu plus de philosophie ; mes réflexions furent cruelles… Je partis sur le champ avec la ferme résolution de suivre les conseils de cette méchante créature, tous dangereux qu’ils fussent. Je me ressouvenais heureusement du nom et de l’adresse de la femme dont Euphrosine nous avait parlé dans un tems, hélas ! où j’étais loin de prévoir le besoin de cette cruelle ressource : j’y volai. La Duvergier me reçut à merveille, l’excellence du remède de la Delbène en abusant ses yeux connaisseurs, la mit à même d’en tromper bien d’autres. Ce fut deux ou trois jours avant que d’entrer dans cette maison, que je me séparai de ma sœur pour