Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/203

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poissarde que je me présentai chez lui ; après avoir traversé un grand nombre d’appartemens somptueux, je parvins au fond d’un cabinet de glace, où m’attendait le duc avec son valet-de-chambre, grand jeune homme de dix-huit ans, fait à peindre, et de la plus intéressante figure. Bien pénétrée de l’esprit de mon rôle, je ne restai courte sur aucune des questions de ce paillard… Assis sur le canapé de son boudoir, et branlant le vit de son valet-de-chambre pendant que j’étais debout en face de lui, est-il vrai, me demanda-t-il, que vous soyez dans la plus extrême misère, et que la démarche que vous faites n’ait pour objet que de pourvoir aux premiers besoins de la vie ! — Cette vérité est si grande, monsieur, qu’il y a trois jours que ma mère et moi mourons de faim. Ah ! bon, répondit le duc en prenant une des mains de son homme pour se faire branler par lui ; cette circonstance était nécessaire ; je suis fort aise que votre état soit tel que je le desirais ; et c’est votre mère qui vous vend ? — Hélas oui. — Avez-vous des sœurs ? — Une, monsieur. — Et pourquoi ne me l’a-t-on pas envoyée ? — Elle n’est plus à la maison,