Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/213

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paraître, souvenez-vous de mettre tout votre art à les séduire… à les enchaîner, c’est de là seul que j’attends tout.

Nous entrâmes : Scheffner, celui des deux Allemands qui devait me revenir, était un bon baron de quarante-cinq ans, bien laid, bien bourgeoné et bête, à ce qu’il me parut, comme l’Allemagne en masse, si l’on en excepte Gesner. Conrad était le nom de la poule que devait plumer mon amie, il nous parut en effet couvert de diamans ; son esprit, sa figure et son âge le rendaient fort semblable à son compagnon, et sa lourdeur toute aussi complette, assurait des succès à Fatime, pour le moins aussi faciles que les miens.

La conversation, d’abord générale, se particularisa fort vîte ; Fatime, aussi adroite que jolie, eût bientôt fait tourner la tête du pauvre Conrad, et mon air d’innocence et de timidité, m’enchaîna promptement Scheffner. On dîna : Dorval eût soin de faire distiller, dans les verres de nos convives, les boissons les plus délicieuses, et le dessert fut à peine servi, que tous deux témoignèrent le plus extrême desir de nous entretenir en secret.