Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/283

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à un autre ? Tu m’avoueras que ce n’est tout au plus qu’une lésion morale ; il n’y a qu’à prendre les plus grandes précautions pour qu’il ne puisse jamais savoir l’infidélité qu’on lui fait ; de ce moment il ne peut en être blessé ; je dis plus, une femme très-sage qui néanmoins donnerait prise à quelques soupçons sur elle, soit que ces soupçons naquissent de l’imprudence, soit qu’ils fussent les fruits du mensonge, serait, toute vertueuse que vous voudrez la supposer, infiniment plus coupable pourtant vis-à-vis de l’homme qui l’aime, que celle qui, quoiqu’elle se livrât du matin au soir, aurait pourtant l’art de le cacher à tous les yeux. Je vais plus loin encore, je dis qu’une femme, quelques raisons qu’elle ait de ménager un homme, de l’aimer même, peut donner à un autre, et son cœur et son corps ; elle peut même, en aimant beaucoup un homme, aimer, cependant beaucoup aussi, l’être avec lequel elle couche accidentellement ; alors, c’est une inconstance, et rien selon moi, ne s’arrange aussi bien avec les grandes passions, comme l’inconstance. Il y a deux façons d’aimer un homme, l’amour moral, et l’amour physique ; une femme