Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/284

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peut idolâtrer moralement son amant, ou son époux, et aimer physiquement et momentanément le jeune homme qui lui fait la cour ; elle peut se livrer à lui, sans offenser, en quoique ce puisse être, les sentimens moraux dûs au premier ; tout individu de notre sexe qui pense différemment, est une folle, qui ne travaille qu’à son infortune. Une femme à tempérament, d’ailleurs, peut-elle s’en tenir aux caresses d’un seul homme ? Si cela est, voilà donc la nature en perpétuelle opposition avec vos prétendus préceptes de constance et de fidélité. Or, dis-moi, je te prie, de quel poids doit être aux yeux d’un homme sensé, un sentiment toujours en contradiction avec la nature ? Un homme assez ridicule pour exiger d’une femme de ne se livrer jamais à d’autres qu’à lui, commettrait une bisarerie aussi grande, que celui qui voudrait que son épouse ou sa maîtresse ne dinât jamais avec d’autres ; il exercerait, de plus, une horrible tyrannie ; car, de quel droit, n’étant pas en état de satisfaire à lui seul une femme, exige-t-il que cette femme souffre, et ne puisse se contenter avec un autre ? Il y a à cela un égoïsme, une dureté incroyables, et si-tôt