Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/285

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’une femme reconnaît de tels sentimens dans celui qui prétend l’aimer, cela doit suffire pour la déterminer à se dédomager sur-le-champ de la gêne cruelle où son tyran veut la réduire ; mais, si au contraire, une femme n’est liée à un homme que par intérêt, quel plus puissant motif n’aura-t-elle pas, de ne contraindre en quoi que ce puisse être, et ses penchans, et ses desirs ; elle n’est plus, de ce moment, obligée de se prêter que quand on la paye, elle ne doit son corps qu’à l’instant du payement, toutes les autres heures sont à elles, et c’est alors, que les inclinations du cœur lui deviennent bien plus permises ; pourquoi se gênerait-elle, puisqu’elle n’est plus engagée que physiquement ? l’amant payeur, ou l’époux, doivent être trop judicieux, alors, pour exiger de l’objet de leur tendresse, un cœur qu’ils doivent bien savoir impayable ; ils ont trop de raison, pour ne pas sentir qu’on n’achète point les sentimens de l’ame. De ce moment, pourvu que la femme que l’un ou l’autre paye, se prête à ce qu’ils desirent, ils n’ont plus de reproches à lui faire, et ils passeraient pour des fous, s’ils en exigeaient davantage. Ce n’est pas, en un mot, la vertu d’une femme qu’un amant,