Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/312

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jeter dans un cachot de Bicêtre, où elle pourrira cinquante ans peut-être. — Oh, mon ami, le délicieux projet ! — Je ne te demande que la fin du jour pour l’exécuter, pour avoir le tems d’agir, et pour revêtir cet heureux plan de tous les épisodes qui peuvent lui prêter des charmes. J’embrasse Noirceuil ; il fait mettre ses chevaux, et revient deux heures après, muni de l’ordre nécessaire à l’exécution de notre dessein. Amusons-nous maintenant, me dit le traître ; mettons bien de la fourberie à tout cela. Gode, ma chère Gode, dit-il à cette pauvre fille en la faisant venir dans son cabinet avec moi, aussitôt que nous eûmes dîné. Tu connais mes sentimens, le tems approche où je veux t’en donner des preuves ; je vais unir ton sort à celui qui a laissé dans ton sein des preuves de son amour pour toi, et je vous fais deux mille écus de rente. — Oh, monsieur, que de graces ! — Non, point du tout, ma fille, ne me remercie point ; je te jure que tu ne me dois aucune reconnaissance ; je ne flatte absolument dans tout ceci que mes goûts. Te voilà sûre au moins à présent, par les précautions que je viens de prendre, d’avoir du pain pour le reste