Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/324

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était sacré, mais que l’intention même de la nature, en nous le donnant, était que nous en profitassions : qu’il fallait, pour remplir ses vues, que le plus fort dépouillât le plus faible ; et que celui-ci abandonnât de bonne grâce, ce qu’il n’était pas en état de défendre. Si les choses ont changées physiquement, elles sont toujours moralement les mêmes. L’homme opulent représente le plus fort dans la société ; il en a acheté tous les droits ; il doit donc en jouir et assouplir, pour cela, tant qu’il le peut, à ses caprices, l’autre classe d’hommes qui lui est inférieure, sans offenser en rien la nature, puisqu’il ne fait qu’user du droit qu’il en a reçu, soit matériellement, soit conventionnellement. Eh ! si la nature avait voulu nous empêcher de faire des crimes, s’il était vrai que les crimes l’irritassent elle aurait bien su nous enlever les moyens de les commettre ; quand elle les laisse à notre disposition, c’est qu’ils ne l’outragent point, c’est qu’ils lui sont indifférens ou nécessaires ; indifférens, s’ils sont légers ; toujours utiles s’ils sont capitaux ; car il est parfaitement égal que je dérobe la fortune de mon voisin, que je viole son fils, sa femme ou sa sœur ; tout