Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/358

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faitement conçu la nullité, je dis plus, l’espèce de crime qu’il y aurait à admettre l’existence de ce prétendu fil de fraternité, écrie-toi avec le philosophe : « Eh ! pourquoi balancerais-je à me satisfaire, lorsque l’action que je conçois, quelque tort qu’elle fasse à mon semblable, peut me procurer à moi le plus sensible plaisir ; car, enfin, supposons un moment qu’en faisant cette action quelconque, je commette une injustice envers ce prochain, il arrive qu’en ne la faisant pas j’en commets une envers moi-même ; en dépouillant mon voisin de sa femme, de son héritage, de sa fille, je peux, comme je viens de le dire, commettre une injustice envers lui, mais en me privant de ces choses qui me font le plus grand plaisir, j’en commets une envers moi ; or, entre ces deux injustices nécessaires, serais-je assez ennemi de moi-même pour ne pas donner la préférence à celle dont je peux retirer quelques chatouillemens agréables. Si je n’agis pas ainsi, ce sera par commisération. Mais si l’admission d’un tel sentiment est capable de me faire renoncer à des jouissances qui me flatteraient autant, je dois donc tout