Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/81

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appuyées que par des traditions confuses, incertaines et toujours victorieusement combattues par les adversaires.

Disons-le, avec vérité, de toutes les religions établies parmi les hommes, il n’en est aucune qui puisse légitimement l’emporter sur l’autre ; pas une qui ne soit remplie de fables, de mensonges, de perversités et qui n’offre à-la-fois les dangers les plus imminens, à côté des contradictions les plus palpables ; des fous veulent-ils établir leurs rêveries ? ils appellent les miracles à leur secours, d’où il résulte que, toujours dans le même cercle, à présent c’est le miracle qui prouve la religion, tandis que tout-à-l’heure la religion prouvait le miracle ; encore, s’il n’en était qu’une qui pût s’étayer de prodiges ; mais toutes en citent, toutes en offrent.

Et le beau cigne de Léda
Vaut bien le pigeon de Marie.


Si néanmoins tous ces miracles étaient vrais, il résulterait nécessairement que Dieu aurait permis qu’il en fût fait pour les fausses religions comme pour les bonnes, et que d’après cela l’erreur ne le toucherait guères plus que la vérité ; ce qu’il y a de plaisant,