Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/97

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2°. Tout ce qui périclite est matière, ce qui serait essentiellement esprit, ne saurait péricliter ; or, l’ame suit les impressions du corps, elle est faible dans l’âge tendre, affaissée dans l’âge décrépit ; elle éprouve donc les influences du corps : cependant tout ce qui périclite est matière, l’ame périclite, donc elle est matière.

Osons le dire et le redire sans cesse ; rien d’étonnant dans le phénomène de la pensée, ou du moins rien qui prouve que cette pensée soit distincte de la matière, rien qui fasse voir que la matière subtilisée ou modifiée, de telle ou telle façon, ne puisse produire la pensée ; cela est infiniment moins difficile à comprendre que l’existence d’un Dieu. Si cette ame sublime était effectivement l’ouvrage de Dieu, pourquoi subirait-elle tous les différens changemens ou accidens du corps ; il me semble que comme l’ouvrage de Dieu, cette ame devrait être parfaite, et c’est ne l’être pas que de se modifier à l’égal d’une matière aussi remplie de défaut. Si cette ame était l’ouvrage d’un Dieu, elle n’aurait pas besoin de sentir ni d’éprouver ses gradations, elle ne le pourrait, ni ne le devrait ; elle se joindrait à l’embryon toute