Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/146

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À l’amoureuse flame ;
Elle m’adore, et dit que ses desirs
Ne vivent que pour mes plaisirs.

Quel jugement y doy-je assoir ?
Veut-elle me complaire ?
Mon cœur s’en promet à ce soir
Une preuve plus claire.
Vien donc, ô nuit ! que ton obscurité
M’en decouvre la verité.

Sommeil, respans a pleines mains
Tes pavots sur la terre ;
Assoupy les yeux des humains
D’un gracieux caterre,
Laissant veiller en tout cet element
Ma maistresse et moy seulement.

Ainsi, jamais de ta grandeur
Rien n’abaisse la gloire ;
Ainsi jamais bruit ny splendeur
N’entre en ta grotte noire,
Comme autrefois, quand à chaque propos,
Iris troubloit ton doux repos.

Ha ! voilà le jour achevé,
Il faut que je m’appreste ;
L’astre de Venus est levé,
Propice à ma requeste ;
Si bien qu’il semble en se monstrant si beau,
Me vouloir servir de flambeau.

L’artisan, las de travailler,
Delaisse son ouvrage ;
Sa femme, qui le voit bâiller,
En rit en son courage,
Et, l’œilladant, s’appreste à recevoir
Les fruits du nuptial devoir.