Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/149

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ELEGIE POUR DAMON.

À Philis.


Philis, dont les beaux yeux, avec des traits de flame,
Ont penetré les miens et passé dans mon ame,
Par quels tristes accens me doy-je lamenter
De voir sans reconfort mes ennuis s’augmenter ?
Depuis le jour fatal qu’en l’amoureuse chaisne
Le Ciel me fait souffrir une eternelle gesne
Depuis que vos beautez me donnerent la loy,
Treuvant tous les amans bien mieux traitez que moy,
Je leur dy librement qu’ils ont tort de se plaindre,
Pour grands que soient les maux qui les puissent atteindre,
Et, jusqu’au fond du cœur leur decouvrant mes coups,
Ils tiennent que leur sort est de beaucoup plus dous.
Mais y voyans au vif engravée une image
De qui le beau sujet me cause ce dommage,
Les mieux sensez d’entre eux se disent à l’instant
Plus mal-heureux que moy de ne l’estre pas tant.

Aussi, belle Philis, si mon ame soûpire,
Ce n’est pas de souffrir sous un si doux empire ;
Si mes cris redoublez éclattent jusqu’aux cieux,
Ce n’est pas de brûler au feu de vos beaux yeux ;
Au contraire, ô Philis ! la raison m’y convie,
Je m’en tiens trop heureux, et ne conte ma vie