Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/161

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Et disoit au sujet de mes affections
Que ta terre estoit trop petite
Pour pouvoir contenir tant de perfections.

Mon bien estoit incomparable,
Ainsi que ma dame et ma foy.
Le plus content au prix de moy
Ne s’estimoit que miserable.
J’estois amant, j’estois aimé ;
La douceur qui m’avoit charmé
Ne me gardoit point d’amertume,
Car tant plus j’en goustois, m’y laissant emporter,
Et tant plus, contre ma coustume,
S’augmentoit en mon cœur le desir d’en gouster.

Sous un climat où la nature
Montre a nud toutes ses beautez
Et nourrit les yeux enchantez
Des plus doux traits de la peinture,
Nous voyons briller sur les fleurs
Plustost des perles que des pleurs
Qui tomboient des yeux de l’Aurore,
Dont celle à qui Zephire adresse tous ses vœux,
Et que le beau printemps adore,
Se paroit au matin la gorge et les cheveux.

Entre les Ris et les Caresses,
Les petits Amours eveillez
Dançoient par ces champs emaillez
Avec les Graces leurs maistresses ;
Et souvent, pour s’entre-baiser,
Ils se venoient tous reposer
Au milieu du sein de ma belle,
Faisans naistre aussi-tost mille divins appas,
De qui la puissance estoit telle,
Qu’ils donnoient tout d’un coup la vie et le trespas.