Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/249

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Le Melon.

Du bon terroir qui l’a porté
Pour nostre eternelle santé ?
Non, ce n’est rien d’entre ces choses,
Mon penser, que tu me proposes.
Qu’est-ce donc ! Je l’ay descouvert
Dans ce panier rempli de vert :
C’est un melon, où la nature,
Par une admirable structure,
A voulu graver à l’entour
Mille plaisans chiffres d’amour,
Pour claire marque à tout le monde
Que d’une amitié sans seconde
Elle cherit ce doux manger,
Et que, d’un soucy mesnager,
Travaillant aux biens de la terre,
Dans ce beau fruit seul elle enserre
Toutes les aymables vertus
Dont les autres sont revestus.
Baillez-le-moy, je vous en prie,
Que j’en commette idolatrie :
Ô ! quelle odeur ! qu’il est pesant !
Et qu’il me charme en le baisant !
Page, un cousteau, que je l’entame ;
Mais qu’auparavant on reclame,
Par des soins au devoir instruits,
Pomone, qui préside aux fruits,
Afin qu’au goust il se rencontre
Aussi bon qu’il a belle montre,
Et qu’on ne treuve point en luy ;
Le defaut des gens d’aujourd’huy.
Nostre prière est exaucée,
Elle a reconnu ma pensée :
C’en est fait, le voilà coupé,
Et mon espoir n’est point trompé.
Ô dieux ! que l’esclat qu’il me lance,