Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/76

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Tantost l’onde broüillant l’arène,
Murmure et fremit de courroux
Se roullant dessus les cailloux
Qu’elle apporte et qu’elle r’entraine.
Tantost, elle estale en ses bords,
Que l’ire de Neptune outrage,
Des gens noyez, des monstres morts,
Des vaisseaux brisez du naufrage,
Des diamans, de l’ambre gris,
Et mille autres choses de pris.

Tantost, la plus claire du monde,
Elle semble un miroir flottant,
Et nous represente à l’instant
Encore d’autres cieux sous l’onde.
Le soleil s’y fait si bien voir,
Y contemplant son beau visage,
Qu’on est quelque temps à sçavoir
Si c’est luy-mesme, ou son image,
Et d’abord il semble à nos yeux
Qu’il s’est laissé tomber des cieux.

Bernières, pour qui je me vante
De ne rien faire que de beau,
Reçoy ce fantasque tableau
Fait d’une peinture vivante.
Je ne cherche que les deserts,
Où, resvant tout seul, je m’amuse
À des discours assez diserts
De mon genie avec la muse ;
Mais mon plus aymable entretien
C’est le ressouvenir du tien.

Tu vois dans cette poësie
Pleine de licence et d’ardeur
Les beaux rayons de la splendeur
Qui m’esclaire la fantaisie :