Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


depuis la découverte du Nouveau Monde ; ces lois ont triomphé des mœurs et du fanatisme ; mais elles avaient besoin d’organes qui les fissent respecter ; ces organes étaient les parlements ; ces parlements, s’étant dressés contre la tyrannie, l’ont entraînée.

Le premier coup porté à la monarchie est sorti de ces tribunaux ; on sait tout.

Il faut ajouter à cela que le génie de quelques philosophes de ce siècle avait remué le caractère public, et formé des gens de bien, ou des insensés également fatals à la tyrannie ; qu’à force de mépriser les grands on commençait à rougir de l’esclavage ; que le peuple ruiné d’impôts s’irritait contre des lois extravagantes, et que ce peuple fut heureusement enhardi par de faibles factions.

Un peuple accablé d’impôts craint peu les révolutions et les barbares.

La France regorgeait de mécontents prêts au signal, mais l’égoïsme des uns, la lâcheté des autres, la fureur du despotisme dans les derniers jours, la foule des pauvres qui mangeaient la cour, le crédit et la crainte des créanciers, le vieil amour des rois, le luxe et la frivolité des petits, et l’échafaud ; toutes ces causes réunies arrêtaient l’insurrection.

La misère et les rigueurs de l’année 1788 émurent la sensibilité. Les calamités et les bienfaits unirent les cœurs ; on osa se dire qu’on était malheureux, on se plaignit.

La sève des vieilles lois se perdait tous les jours. Le malheur de Kornman indigna Paris. Le peuple se passionnait par fantaisie et par conformité pour tout ce qui ressentait l’infortune. On détesta les grands qu’on enviait. Les grands s’indignèrent contre les cris du peuple. Le despotisme devient d’autant plus violent qu’il est moins respecté ou qu’il s’affaiblit. M. de Lamoignon qui redoutait les parlements les supprima, les fit regretter : ils se rétablirent. M. Necker vint après, qui multiplia les administrations pour accréditer les impôts, qui se fit adorer, appela les États, rendit le peuple altier, les grands jaloux, et mit tout en