Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/299

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détails ; quand l’État a changé de principes, c’est sans retour ; tout ce qu’on leur oppose n’est plus de principe et le principe établi entraîne tout.

La postérité saura mieux que nous quels mobiles animaient ce grand corps. Il faut convenir que la passion soutenue de grands caractères et d’intelligences fortes donna le premier branle à ses ressorts, que le noble res­sentiment de quelques proscrits perça à travers l’ingénuité des droits de l’homme ; mais il faut avouer aussi, pour peu que la reconnaissance attache de prix à la vérité, que cette compagnie, la plus habile qu’on ait vue depuis longtemps, fut pleine d’âmes rigides que dominait le goût du bien, et d’esprits exquis qu’éclairait le goût de la vérité. Le secret de sa marche toute découverte fut impénétrable en effet, c’est pourquoi le peuple inconsidéré ploya sous une raison supérieure qui le conduisait malgré lui ; tout était fougue et faiblesse dans ses desseins, tout était force et harmonie dans les lois.

Nous allons voir quelle fut la suite de ces heureux commencements.



Seconde partie


CHAPITRE PREMIER

DE LA NATURE DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE


Un État qui fut libre d’abord, comme la Grèce avant Philippe de Macédoine, qui perd ensuite sa liberté, comme la Grèce la perdit sous ce prince, fera de vains efforts pour la reconquérir ; le principe n’est plus ; la lui rendît-on même comme la politique romaine la rendit aux Grecs, l’offrit à Cappadoce pour affaiblir Mithridate, et comme la politique de Sylla la voulut rendre à Rome elle-même, c’est inutilement ; les âmes ont perdu leur moelle, je puis ainsi parler, et ne sont plus assez vigoureuses pour se nourrir de liberté ; elles en aiment encore le nom, la souhaitent comme l’aisance et l’impunité, et n’en connaissent plus la vertu.