Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/330

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CHAPITRE XV.

DES MANIÈRES

Le Français n’a rien perdu de son caractère en saisissant sa liberté, mais il a changé de manières. Comme auparavant la pauvreté manquait de prétextes, le luxe se surpassait lui-même et devenait une passion impuissante, furieuse. Après la Révolution, les tributs étant excessifs et religieux, et l’égalité croissant par l’indigence, la simplicité vint de l’orgueil.

Le vieux sel de la nation étant conservé, la tyrannie parut un ridicule, la liberté une plaisanterie, l’esprit une vertu.

On vit beaucoup de déclamateurs parce qu’on avait plus d’esprit que de sens ; la tête était libre, le cœur ne l’était pas.

La politesse devint affectueuse, on ne salua plus, on s’embrassa.

On vit beaucoup de gens de bien et de génies ardents ; la liberté fut une passion plutôt qu’un senti­ment ; les amis de la patrie formèrent des sociétés où régnait le plus habile. Celle des Jacobins fut la plus fameuse. Elle était remplie de quatre hommes vraiment grands, et dont nous parlerons un jour ; rien n’est mûr aujourd’hui.

CHAPITRE XVI.

DE L’ARMÉE DE LIGNE

La nature d’une armée de ligne est la servitude ; quelle honnêteté peut-on attendre de ces hommes qui se font tuer pour de l’argent ? Le soldat est véri­tablement un esclave, et l’esclave armé n’est bon que chez un peuple guerrier.

Quand la Germanie et l’Égypte ne furent plus conquérantes, les esclaves conquirent leur liberté ou brouillèrent les lois.

L’insolence du soldat corrompt les mœurs d’un peuple