Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/340

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Le cœur humain marche de la nature à la violence, de la violence à la morale ; il ne faut pas croire que l’homme ait cherché d’abord à s’opprimer ; l’esprit démêle encore une longue altération entre la simplicité primitive et l’idée de conquête et de conservation.

Ceci posé, on trouve que la liberté est une corruption de l’indépendance, et qu’elle n’est aimable qu’autant qu’elle ramène à la simplicité par la force de la vertu.

Autrement la liberté n’est que l’art de l’orgueil humain, et c’est malheureu­sement dans ce sens que Rousseau de Genève, tout sublime qu’il est, a toujours parlé.

Examinons si la cité de France a fait un pas vers la nature ; non, elle en a fait un vers le bonheur. Dans l’état de nature, l’homme n’a point de droit, parce qu’il est indépendant.

Ce langage est étrange sans doute, et d’autant plus qu’il semble chasser l’homme dans les forêts ; mais il faut tout saisir dans sa source, pour ne plus errer ensuite, et ce n’est que par la connaissance exacte de la nature qu’on la peut contraindre avec plus d’artifice.

Dans l’état de nature la morale se borne à deux points, la nourriture et le repos. Dans le système social il faut y joindre la conservation, puisque le principe de cette conservation pour la plupart des peuples est la conquête.

Or, pour qu’un État se conserve, il a besoin d’une force commune, c’est cette force qui est le souverain ; pour que cette souveraineté se conserve, elle a besoin de lois qui règlent ses rapports infinis ; pour que ces lois se conservent, il faut que la cité ait des mœurs et de l’activité ; ou la dissolution du souverain est prochaine.

Les lois françaises sont bonnes en ce qu’elles font que la cité gagne et que le souverain dépense. Les magistratures, les offices civils, religieux, le militaire sont payés par le Trésor public ; ce n’est que dans ce sens que cette foule innombrable de salariés est bonne à quelque chose. Peu importe que le magistrat rende la justice, que le soldat veille ; un peuple sage n’a besoin ni de justice ni de soldat.

Montesquieu dit très bien qu’une société corrompue doit